Pour être efficaces, les politiques publiques doivent être fondées sur les faits réels de la santé mentale et de la toxicomanie.
VISION:
Rapprocher les communautés, les gouvernements, le secteur privé et les centres d’excellence de recherche en un effort concerté pour changer le monde
Un champion de la réduction des méfaits réclame plus de logements
Mercredi 16 avril 2008
The Vancouver Courier
Page: 9, Section: News, Légende: Cheryl Rossi
« Depuis deux semaines, sept mères qui participent à un programme pour les femmes toxicomanes ont dû remettre leur bébé à des foyers d’accueil, alors que ça aurait pu être évité », dit le Dr. Ron Abrahams.
"S’il existait dans la communauté des logements appropriés, supervisés et sûrs, ces bébés ne seraient pas dans des foyers d’accueil », a-t-il dit. "Cela veut aussi dire qu’il y a un risque que ces mères retournent dans la rue, ou l’environnement dans lequel elles étaient, parce qu’elle ont été séparées de leur bébé, ce qui est un coup dur de plus dans leur vie."
D’après Abrahams, qui le 24 avril va recevoir un prix pour son travail de longue date dans la réduction des méfaits auprès des mères du « Downtown Eastside » et de leurs enfants, il faut dans le Grand Vancouver au moins 200 logements appropriés et supervisés pour les femmes avec lesquelles il travaille. Ces femmes font face à de nombreux problèmes dont la pauvreté, un manque de soutien, la drogue et les grossesses. Mais il ne connaît que 6 ou 7 lits qui soient disponibles dans le Grand Vancouver.
"Depuis 5 ans, nous avons aidé environ 500 femmes à accoucher », dit Abrahams, qui offre des soins prénatal et postnatal aux femmes du « Downtown Eastside » grâce au programme Sheway sur la rue East Hastings, et grâce à un service de consultation externe à l’Hôpital et Centre de santé des femmes de la C-B. "Un tiers des enfants atterrit probablement en foyer d’accueil, et parmi eux, la moitié aurait pu l’éviter s’il avait existé un logement pour leur mère."
Abrahams applique depuis 1983 le modèle de réduction des méfaits auprès des femmes enceintes toxicomanes de Vancouver en limitant la quantité de drogue à laquelle les mères et leurs enfants sont exposés.
Les paires d’Abrahams l’ont proposé comme candidat pour le Prix national pour l’excellence en matière de Direction de la Fondation Kaiser. Cette Fondation rend hommage à sept organisations et individus canadiens pour leur travail remarquable dans la réduction des méfaits physiques et mentaux associés aux toxicomanies ainsi que les problèmes de santé mentale.
Sheway offre des services sociaux et des services de santé aux femmes enceintes et aux femmes ayant des enfants de moins de 18 mois qui ont ou qui ont eu des problèmes de drogue. Abrahams dirige aussi une clinique privée.
Sheway est lié à un programme de l’Hôpital des femmes de la C-B. Le Dr Abrahams et Sarah Payne, une sage-femme, y ont créé le “Fir Square Combined Care Unit » il y a 15 ans. C’est le premier programme au Canada à soigner dans le même service les femmes toxicomanes et leurs nouveau-nés exposés à la drogue.
Avant ça, les bébés étaient enlevés à leurs mères dès la naissance et mis dans une pièce sans aucune stimulation. D’après Abrahams, la communauté médicale pensait que ces femmes étaient incapables de s’occuper de leurs enfants et que les enfants étaient malades.
"Dès qu’on enlève un bébé à sa mère et qu’on le met dans un environnement anormal, il va se comporter de façon anormale. C’est une prophétie auto réalisatrice”, dit il.
Les bébés qui sont nés au « Fir Square Combined Care Unit » restent dans la même chambre que leur mère.
Ces femmes sont accros à l’héroïne, à la cocaïne ou à la méthamphétamine en cristaux, et l’abus d’alcool est parfois également présent. Elles n’ont souvent pas de domicile fixe et elles sont nombreuses à vivre dans la rue depuis des années. "Nous nous assurons qu’elles reçoivent des soins prénatals de première classe dans le contexte du Downtown Eastside qui n’est pas mieux que le Tiers Monde," dit Abrahams.
Les employés essaient d’aider ces femmes à trouver un logement stable et à réduire leur consommation de drogue. L’Hôpital dispose de 12 lits pour les femmes ayant besoin de soutien avant, pendant ou après qu’elles accouchent. Elles peuvent rester un maximum de 4 mois. Sheway possède aussi 12 lits où les femmes peuvent rester jusqu’à 18 mois après leur accouchement.
Les mères et les bébés restent a l’hôpital au moins 7 jours suivant l’accouchement pour vérifier que les bébés prennent du poids et ne sont pas en état de manque. Celles qui sont mères pour la première fois reçoivent des conseils de la part des infirmiers.
Le Dr. Sue Harris, chef de département de la médecine générale à l’Hôpital des femmes de la C-B, fait partie du groupe de personnes qui a proposé le Dr Abrahams comme candidat car d’après elle, c’est un « chef de file qui ne s’arrête jamais », dans un domaine très difficile.
La Fondation Kaiser, une organisation nationale basée à West Vancouver, s’efforce de promouvoir une meilleure compréhension des problèmes de la toxicomanie et de la santé mentale. Chaque gagnant d’un de ses Prix nationaux pour l’excellence verse une bourse de $10,000 à une organisation caritative de son choix.
Abrahams va donner l’argent au “Women's Health Research Institute” à l’Hôpital des femmes de la C-B pour que celui-ci puisse collecter plus de données sur le programme de Fir Square.